By Alsamani, AAI; Losenje, T (2023). Greener Journal of Social Sciences, 13(1): 49-59.
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Greener Journal of Social Sciences
Vol. 13(1), pp. 49-59, 2023
ISSN: 2276-7800
Copyright ©2023, Creative Commons Attribution 4.0 International.
https://gjournals.org/GJSC
1. Advanced School of Translators and Interpreters (ASTI) and the Pan-African University Institute of Governance, Humanities, and Social Sciences (PAUGHSS) Cameroun
Article No.: 101123107
Type: Research
Full Text: PDF, PHP, HTML, EPUB, MP3
Accepted: 09/10/2023
Published: 15/10/2023
Alsamani Alsidig A.I
E-mail: alsamani.alsidig1993@ gmail.com
Keywords: Translator training, Challenges and Issues, Translation and Arabization Unit, Computer-Assisted Translation (CAT), skills, professional internships
Mots clés : Formation des traducteurs, Enjeux des défis, Unité de Traduction et d’Arabisation, Traduction Assistée par Ordinateur (TAO), compétences, stages professionne
Abstract in English
This article, titled “Issues and challenges of Training Translators in Sudan,” is based on the observation that students face difficulties and challenges throughout their translation training at the Translation and Arabization Unit. The study aims to identify the challenges faced by student translators and propose solutions to overcome them. To conduct this study, a quantitative methodology was used, involving data collection through a questionnaire administered to students and teachers. The results identified the following challenges: 1) Conveying cultural and idiomatic nuances in language pairs, whether from English or French to Arabic; 2) Gaps in language skills related to source languages, namely French and English; 3) Lack of knowledge in specialized fields such as technology, law, science, agriculture, etc.; 4) Insufficient skills in the use of Computer-Assisted Translation (CAT) tools. However, to address these challenges, the study proposes the following actions: i) Place a stronger emphasis on acquiring cultural knowledge in source and target languages among students; ii) Strengthen students’ language skills in source languages; iii) Integrate the use of CAT tools into the training program; iv) Establish professional internships to allow students to apply their theoretical knowledge and prepare for the translation market.
Résumé (French)
Cet article, intitulé “Les enjeux des défis de la formation des traducteurs au Soudan”, repose sur l’observation selon laquelle les étudiants rencontrent des difficultés et des défis tout au long de leur formation en traduction à l’Unité de Traduction et d’Arabisation. L’étude vise à identifier les défis auxquels sont confrontés les étudiants traducteurs et à proposer des solutions pour les surmonter. Pour mener cette étude, une méthodologie quantitative a été utilisée, impliquant la collecte de données au moyen d’un questionnaire administré aux étudiants et aux enseignants. Les résultats ont permis d’identifier les défis suivants :1) La transmission des nuances culturelles et idiomatiques dans les paires de langues, que ce soit de l’anglais ou du français vers l’arabe ; 2) Les lacunes dans les compétences linguistiques relatives aux langues sources, à savoir le français et l’anglais ; 3) Le manque de connaissances dans des domaines de spécialisation tels que les techniques, le droit, la science, l’agriculture, etc. ; 4) L’insuffisance de compétences dans l’utilisation des outils de Traduction Assistée par Ordinateur (TAO). Cependant, pour relever ces défis, l’étude propose les actions suivantes : i) Mettre davantage l’accent sur l’acquisition de connaissances culturelles dans les langues sources et cibles chez les étudiants ; ii) Renforcer les compétences linguistiques des étudiants dans les langues sources ; iii) Intégrer l’utilisation des outils de TAO dans le programme de formation ; iv) Instaurer des stages professionnels pour permettre aux étudiants de mettre en pratique leurs connaissances théoriques et de se préparer au marché de la traduction.
La traduction est une tâche complexe qui requiert une formation universitaire structurée pour être maîtrisée. Bien que cette formation soit proposée dans de nombreuses institutions académiques, elle demeure variable d’un endroit à l’autre. Les nombreuses écoles de pensée, les situations sociopolitiques et culturelles, ainsi que la place de la traduction sur le marché du travail sont quelques-uns des facteurs qui influencent le contenu des programmes de formation (Carine St-Pierre, 2014). De plus, la traduction joue un rôle essentiel dans la communication interculturelle et internationale, facilitant l’échange de connaissances, d’idées et de valeurs entre les peuples. Au Soudan, un pays riche en patrimoine linguistique et culturel, la demande de traducteurs compétents et qualifiés est en constante augmentation. Cependant, la formation des traducteurs dans ce contexte spécifique est confrontée à une série de défis complexes.
Dans le passé, l’enseignement de la traduction n’était pas une composante essentielle de tous les programmes d’études en langues et en linguistique dans les universités soudanaises. Même ceux qui pratiquaient la traduction n’étaient pas fondamentalement préparés à devenir des traducteurs, bien que la plupart des diplômés des instituts supérieurs maîtrisaient deux langues et pouvaient effectuer des traductions entre l’anglais et l’arabe, ou le français et l’arabe. Cela s’explique principalement par l’utilisation de l’anglais comme langue d’enseignement dans les établissements d’enseignement supérieur. Cependant, en 1990, l’arabe a remplacé l’anglais comme langue d’enseignement au niveau des écoles primaires et secondaires. Alors que le processus d’arabisation progressait, le besoin de manuels et de références traduits et adaptés à l’arabe est devenu crucial.
En conséquence, le statut de l’enseignement de la traduction au Soudan a évolué, et un certain nombre de collèges universitaires, de départements, d’instituts supérieurs et de centres ont commencé à proposer des cours spécialisés pour former et qualifier les étudiants en tant que traducteurs. De plus, la plupart de ces programmes offrent des cours de deuxième cycle en traduction entre l’anglais et l’arabe, mais très peu proposent des cours de traduction entre l’arabe et d’autres langues internationales telles que le français. Ainsi, la traduction est désormais enseignée en tant que cours distinct dans des programmes d’études spécialisés. Les objectifs ultimes de ces programmes sont de former des traducteurs soudanais qualifiés et compétents en les exposant à des sessions de formation en traduction qui leur offriront des opportunités de pratiquer et d’apprendre les techniques et compétences de traduction. En observant ces cours, il apparaît que les étudiants ont besoin de davantage d’apports théoriques et techniques, notamment des cours de langue et de linguistique dans les deux langues, pour les aider à développer leurs compétences en traduction et leur maîtrise linguistique.
Aujourd’hui, la structure et la conception de programme de la traduction dans l’université de Khartoum vise à former des traducteurs professionnels qui garantirait le développement et l’amélioration de la compétence en traduction des étudiants au Soudan.
Par conséquent, cet article se penche sur les défis actuels auxquels est confrontée la formation des traducteurs au Soudan, en mettant l’accent sur les défis linguistiques, culturels et professionnels. En analysant ces problématiques, nous cherchons à identifier des solutions potentielles pour améliorer la qualité de la formation des traducteurs et ainsi contribuer à une meilleure compréhension du contexte de la formation des traducteurs au Soudan.
Cette étude se base principalement sur la question suivante :
L’étude vise à :
De prime abord, il faudrait montrer qu’est-ce que signifie la traduction puis d’aborder la littérature qui met en évidence l’importance de la formation des traducteurs, les compétences requises ainsi que les théories sur lesquelles se basent la formation des traducteurs.
Pour une définition de la traduction, nous référerons à la définition proposée par Tatilon (1986) et citée par Delisle (2013 : 19) :
Traduire […] c’est avant tout se mettre au service de ses futurs lecteurs et fabriquer à leur intention un équivalent du texte de départ : soit, d’abord, un texte qui livre, avec le moins de distorsion possible, toute l’information contenue dans celui d’origine. Mais traduire, c’est aussi produire un texte duquel il convient d’exiger trois autres qualités : qu’il soit rendu « naturellement » en langue d’arrivée (qu’il « ne sente pas la traduction », dit-on couramment), qu’il soit parfaitement intégré à la culture d’arrivée et qu’il parvienne, par une adroite manipulation de l’écriture, à donner l’idée la plus juste de l’originalité et des inventions stylistiques de l’auteur traduit.
Cette définition met l’accent sur le rôle du traducteur en tant que médiateur entre le texte source et les futurs lecteurs de la traduction. Elle souligne plusieurs qualités essentielles que la traduction doit posséder pour servir au mieux les lecteurs de la langue cible. La première qualité évoquée est la transmission de toute l’information contenue dans le texte source avec le moins de distorsion possible. Cela signifie que le traducteur doit s’efforcer de rendre fidèlement le contenu et le sens du texte original, en veillant à ne pas perdre ou altérer des éléments importants lors du passage à la langue cible. Ensuite, la traduction doit paraître naturelle dans la langue d’arrivée, de manière à ce qu’elle ne donne pas l’impression d’être une traduction. A partir de cette définition, nous pouvons confirmer que les traducteurs devraient être formés sur plusieurs aspects ; qu’ils soient linguistiques, culturels, professionnels ou stylistiques.
Quant à Ladmiral (1979 : 15) : « la traduction est un cas particulier de convergence linguistique au sens le plus large, elle désigne toute forme de médiation interlinguistique permettant de transmettre l’information entre locuteurs de langues différentes ». Cette définition considère la traduction comme une forme de convergence linguistique qui permet aux locuteurs de langues différentes de se comprendre et de partager des informations grâce à une médiation interlinguistique.
Il convient de souligner que la notion de formation relève généralement du domaine des sciences de l’éducation. De ce point de vue, le Dictionnaire actuel de l’éducation (Legendre, 1993 : 622) définit la formation comme « l’ensemble des connaissances, des savoir-faire, des attitudes, des comportements et des autres compétences nécessaires à l’exercice d’un métier ou d’une profession. Ensemble des objectifs d’habilité d’un programme d’études ». Cette définition met en évidence les éléments tels que la connaissance, le savoir-faire, les attitudes, les compétences, les objectifs et les programmes pour qu’ils soient censés être présents dans le dossier d’une formation de qualité.
De sa part, Valentine (1996 :32) propose une définition de la formation qui va dans le sens qui nous intéresse plus dans notre étude surtout dans le contexte de la formation des traducteurs en la définissant comme « le processus de formation consiste en la transmission des connaissances théoriques et pratiques liées à l’exercice d’un métier, d’une profession. Ce processus doit faciliter l’acquisition des capacités et des compétences recherchées. Autrement dit, la formation peut être envisagée comme un processus qui permet l’acquisition et l’intégration de capacité et de compétences ainsi que d’habitudes socio-professionnelles précises. » nous soulignons donc que la formation est considérée comme un processus, ce qui signifie qu’elle n’est pas une action, mais plutôt un déroulement avec des objectifs définis dans le temps. Toutefois, il semble très important de définir dès le début les objectifs ainsi que les finalités de la formation.
Dans le même pied d’enseignement de la traduction, Durieux (2005 :42) souligne que pour former des traducteurs professionnels, la méthode d’enseignement s’articule en deux temps. Dans un premier temps, il est important de décomposer la démarche mise en œuvre dans l’opération traduisante afin d’en identifier les étapes successives, les isoler et les faire travailler séparément.
Dans un second temps, il est utile de familiariser les apprentis-traducteurs à leur futur métier en les plaçant dans des situations de simulation des conditions d’exercice de la profession. À cet égard, l’enseignant veillera à les faire travailler sur des textes authentiques, intégraux, constituant des sortes d’exemples représentatifs des textes auxquels ils seront confrontés dans leur vie active.
Selon l’objectif visé dans la formation des traducteurs, (Afolabi :2018) a fait la distinction de deux types de traduction : la traduction pédagogique et la traduction professionnelle. La traduction professionnelle est celle qui est exercée comme profession par une personne formée et qualifiée et à laquelle préparent certains programmes de formation. Son but est la communication interlinguistique, c’est-à-dire, faire passer un message – dans un contexte non scolaire – entre deux ou plusieurs personnes qui ne se servent pas de la même langue et qui donc, ne se comprennent pas. C’est pour cela que la traduction professionnelle est également appelée la traduction communicationnelle ou pragmatique.
De plus, Fiola (2003 : 27) décrit la traduction professionnelle comme suit : « La traduction professionnelle a pour but de faire le pont entre deux entités incapables de se comprendre mutuellement en raison de la barrière linguistique qui les sépare […] Nous ajouterons qu’elle est aussi « professionnelle » du fait qu’elle peut permettre à ceux qui la pratiquent d’en tirer un revenu, sans que ce soit là une condition sine qua non. »
En considérant la définition de Fiola ci-dessus, il est entendu que la traduction professionnelle est dite « professionnelle », car elle implique la pratique d’une profession.
De plus, Delisle exprime son désir d’offrir une méthodologie d’initiation à « la traduction professionnelle » par opposition à celle axée sur l’enseignement des langues (Delisle, 2003). Selon Delisle, la formation professionnelle d’un traducteur va bien au-delà de la dimension linguistique. En effet, il est nécessaire pour un traducteur d’effectuer des recherches documentaires approfondies afin d’acquérir une expertise terminologique dans divers domaines tels que l’économie, le droit, la médecine et la technologie. De plus, il doit maîtriser les outils spécifiques à sa profession et être compétent dans le langage technique propre à son domaine de spécialisation. De surcroît, un traducteur en herbe doit faire preuve de créativité pour éviter de simplement reproduire fidèlement le texte source.
Le Modèle à trois niveaux de Reiss traitant de la didactique de la traduction, cité par Valentine (1996 :110) propose un cadre de formation visant le premier cycle universitaire, qui comporte trois niveaux d’apprentissage :
i) préparation à la traduction
ii) approfondissement des connaissances
iii) mise en application de celles-ci
Ce modèle à trois niveaux, également connu sous le nom de modèle de compétence en traduction, est une approche pédagogique couramment utilisée dans la formation des traducteurs. Ce modèle est pertinent pour la formation des traducteurs au Soudan car il permet de développer les compétences nécessaires pour devenir un traducteur compétent et efficace. Ce modèle se focalise dans trois niveaux.
D’abord, au niveau linguistique se concentre sur la maîtrise des langues sources et cibles. Les traducteurs doivent avoir une connaissance approfondie des structures grammaticales, du vocabulaire, de la syntaxe et des conventions d’écriture des langues avec lesquelles ils travaillent. Une solide compétence linguistique est essentielle pour comprendre et transmettre avec précision le sens du texte source.
Tandis qu’au niveau culturelle, la traduction ne se limite pas à transposer des mots d’une langue à une autre, elle implique également la transmission de concepts, d’idées et de nuances culturelles. Les traducteurs doivent donc être conscients des différences culturelles entre les langues et être capables de les prendre en compte dans leur travail. Cela comprend la compréhension des références culturelles, des expressions idiomatiques, des normes sociales et des conventions culturelles propres à chaque langue.
Concernant le niveau thématique ou domaine, les traducteurs travaillent dans une variété de domaines et de sujets, allant du droit à la technologie, en passant par la médecine, le marketing, la littérature, etc. Chaque domaine a son propre vocabulaire spécialisé et ses conventions stylistiques. Les traducteurs doivent être en mesure de comprendre et de traiter le jargon et le langage spécifique à chaque domaine.
En adoptant le modèle à trois niveaux, les programmes de formation des traducteurs cherchent à développer ces compétences linguistiques, culturelles et thématiques. Cela permet aux traducteurs de mieux comprendre les textes sources, de rendre des traductions précises et fidèles, et de s’adapter aux spécificités culturelles et aux exigences des différents domaines de traduction.
Dans ce programme, les cours de traduction sont proposés et gérés par l’unité de traduction et d’arabisation en tant que cours de deuxième cycle menant à un diplôme d’étude supérieur ou à un master en traduction.
Table 1: Résumé du programme offert par l’Unité de Traduction et d’Arabisation
Proposés
Environnement
-Master en traduction
Former les étudiants pour devenir capables de traduire de l’arabe vers des langues étrangères comme l’anglais et le français et le vice-versa.
-Compétences en arabe et en anglais
Il est important aussi de mettre en lumière les compétences requises pour former un traducteur professionnel. En tenant compte des considérations professionnelles et disciplinaires Kelly (2005) a proposé une liste utile des domaines de compétences souhaitable à prendre en considération lors de la conception d’un programme de formation des traducteurs. Cependant, chacun de ces domaines peut-être subdivisé à différents degrés selon les objectifs et les résultats prévus du programme en question. Ces domaines de compétences comprennent (i) compétence communicative et textuelle dans au moins deux langues et cultures ; (ii) Compétence culturelle et interculturelle. Selon Kelly, La culture ici ne se réfère pas seulement à la connaissance encyclopédique de l’histoire, de la géographie, des institutions, etc., des cultures concernées (y compris celles du traducteur ou des étudiants), telles que les valeurs, les mythes, les perceptions, les croyances, les comportements et les représentations textuelles de ceux-ci ; (iii) compétence dans le domaine d’études. Connaissance de base des domaines dans lesquels le futur traducteur travaillera/peut travailler, à un degré suffisant pour permettre la compréhension des textes sources et l’accès à une documentation spécialisée pour résoudre les problèmes de traduction ; (iv) compétence professionnelle et instrumentale. Utilisation de ressources documentaires de toutes sortes, recherche terminologique, gestion de l’information à ces fins ; utilisation d’outils informatiques pour la pratique professionnelle ainsi que des notions de base pour la gestion de l’activité professionnelle ; (v) compétence attitudinale ou psycho-physiologique comme le concept de soi, la confiance en soi, l’attention ou la concentration, la mémoire et l’initiative ; (vi) compétence interpersonnelle qui s’articule sur la capacité à travailler avec d’autres professionnels impliqués dans le processus de traduction et d’autres acteurs.
Ces compétences sont primordiales à prendre en considération dans les programmes de formation des traducteurs. Car elles fournissent un cadre théorique et pratique qui sert à bien former des futurs traducteurs professionnels.
De plus, Amparo Hurtado (2008 :28) souligne qu’en traductologie, il n’existe pas une tradition de recherche sur la CT comparable, par exemple, à celle concernant la compétence communicative en linguistique appliquée. Le terme a commencé à être utilisé vers le milieu des années 1980 et, même si très peu d’études spécifiques ont été réalisées, dans les années 1990, diverses propositions ont été faites sur son fonctionnement. La plupart des propositions sont des modèles centrés sur la description des composantes de la CT. C’est le cas des propositions de Hurtado Albir (1996) , Kelly (2002), etc.
Il est important de théoriser l’étude avec une théorie qui met en lumière ce qui est prévu pour la formation des traducteurs.
Cette étude a adopté la théorie linguistique de la traduction pour mettre en place son cadre théorique. Donc, avec la naissance de la Stylistique comparée du français et de l’anglais en 1958, Jean-Paul Vinay et Jean Darbelnet se déclaraient persuadés qu’une confrontation des deux stylistiques (la française et l’anglaise) permettrait de distinguer les lignes générales, et dans certains cas même les lignes précises, dont l’application pourrait conduire à l’automatisation partielle de la traduction. Les deux auteurs notaient que le passage d’une langue à l’autre se fait soit par traduction directe, soit par traduction oblique. Ils définissaient trois procédés techniques de traduction directe (l’emprunt, le calque, la traduction littérale) et quatre procédés relevant de la traduction oblique (la transposition, la modulation, l’équivalence, l’adaptation). Morini (2007 : 63).
Dans cette optique, la théorie linguistique joue un rôle crucial dans la formation des traducteurs, car elle fournit les fondements nécessaires pour comprendre et analyser les langues, ce qui est essentiel pour une traduction précise et de qualité. Elle permet d’abord aux traducteurs de comprendre la structure et le fonctionnement des langues. Ils acquièrent des connaissances sur la phonologie, la morphologie, la syntaxe, la sémantique, etc. Cette compréhension approfondie de la structure linguistique leur permet d’analyser et de transposer efficacement les éléments d’une langue source vers une langue cible.
En outre, elle permet d’effectuer une analyse contrastive entre la langue source et la langue cible. Les traducteurs comprennent les similarités et les différences entre les langues, ce qui leur permet de résoudre les problèmes de traduction spécifiques liés à la grammaire, au vocabulaire, aux collocations, etc.
De plus, la théorie linguistique aide les traducteurs à faire des choix appropriés en ce qui concerne le vocabulaire, le registre linguistique, le ton et le style dans la traduction. Ils comprennent les nuances sémantiques et culturelles des mots et des expressions dans les langues sources et cibles, ce qui leur permet de produire des traductions précises et idiomatiques. D’ailleurs, dans les domaines de traduction spécialisée tels que la médecine, le droit, la technologie, etc., la théorie linguistique permet aux traducteurs de comprendre les concepts et la terminologie spécifiques à ces domaines. Cela leur permet de traduire de manière précise et cohérente des documents techniques et spécialisés.
Finalement, cette théorie aide les traducteurs à suivre l’évolution des langues sources et cibles car les langues sont en constante évolution, avec de nouveaux mots, des changements de sens et des évolutions grammaticales. Donc, la théorie linguistique est essentielle à la formation des traducteurs car elle leur donne les connaissances et les outils nécessaires pour analyser, comprendre et traduire avec précision et efficacité.
Cette étude a utilisé un sondage par questionnaire comme méthode et instrument de collecte de données quantitatives.
Notre population cible se compose d’étudiants en traduction diplômés ou en cours de formation, à la fois au niveau du Diplôme d’étude supérieur et du Master, ainsi que d’enseignants de traduction dans le programme de formation des traducteurs à l’Unité de Traduction et d’Arabisation de l’Université de Khartoum.
D’ailleurs, deux questionnaires ont été conçus à cet effet et ont été envoyés à 60 répondants grâce à la technique d’échantillonnage en boule de neige. À la fin de la période de collecte, nous avons reçu 52 réponses de la part des étudiants.
De plus, les questionnaires ont été créés sur Google Forms, permettant aux répondants d’y accéder et de les remplir à leur convenance. Ce logiciel nous a également permis d’analyser les données quantitatives de manière statistique et de générer des histogrammes et des diagrammes.
Les questionnaires ont été diffusés en ligne via des canaux de communication tels que WhatsApp et l’e-mail.
Afin de garantir la fiabilité de nos instruments, nous avons mesuré la cohérence interne du questionnaire en utilisant des méthodes telles que l’alpha de Cronbach pour vérifier si les différentes questions du questionnaire étaient cohérentes entre elles.
En ce qui concerne la validité, nous avons effectué des vérifications de validité de contenu.
Le dilemme sous-jacent à cette étude réside dans les obstacles rencontrés par les étudiants tout au long de leur parcours de formation en traduction. Pour résoudre cette problématique, deux enquêtes distinctes ont été menées, l’une auprès des enseignants et l’autre auprès des étudiants actuellement en formation ainsi que des diplômés. Les données obtenues ont été analysées afin de recueillir des informations concernant les défis rencontrés par les futurs traducteurs pendant leur formation, ainsi que les perspectives et les stratégies envisagées pour les surmonter.
Figure 2: Répartition des défis les plus fréquents rencontrés par les étudiants (selon l’avis des enseignants)
Source : enquête auprès des enseignants 2023
La question centrale de cette étude porte sur les défis auxquels sont confrontés les étudiants en traduction au cours de leur formation. Nous avons posé cette question à la fois aux enseignants et aux étudiants. Du point de vue des enseignants, les défis les plus courants sont liés à la difficulté de transmettre les nuances culturelles et idiomatiques des deux langues, sur lesquels les huit enseignants interrogés étaient tous d’accord (100 %). En outre, les défis liés à une maîtrise insuffisante de la langue cible (français ou anglais) ont été identifiés par 7 enseignants, soit 87,5 % d’accord sur ce point.
En ce qui concerne les défis liés à l’utilisation des outils de TAO, 8 répondants, soit 62,5 %, estiment qu’ils représentent des défis majeurs. En revanche, seulement 4 enseignants, soit 50 %, estiment que les défis pourraient être liés à l’adaptation à des domaines de spécialisation. Par ailleurs, la maîtrise insuffisante de la langue source et l’adaptation à des domaines spécialisés ne sont pas considérés comme des défis selon les répondants.
Figure 3: Répartition des principaux défis auxquels sont confrontés les étudiants (selon l’avis des étudiants)
Source : enquête auprès des étudiants 2023
Les étudiants rencontrent de nombreux défis au cours de leur formation professionnelle en traduction. Cette question vise à identifier ces défis. Le graphique ci-dessus illustre les principaux défis auxquels les étudiants sont confrontés tout au long de leur formation. Le défi le plus important, d’après les données, concerne les enjeux culturels des deux langues, et il est représenté par la totalité des répondants, soit 45 étudiants, ce qui équivaut à 100%. Il s’agit notamment des différences culturelles entre la langue arabe et les langues anglaise et française. Le deuxième défi le plus fréquemment mentionné par les étudiants concerne l’insuffisance linguistique, et il est représenté par 38 répondants, soit 84,4%. Ce défi est en grande partie lié à la situation linguistique au Soudan, où les étudiants sont scolarisés en arabe pendant leur primaire et leur secondaire, avant de commencer à apprendre une langue étrangère officiellement à l’université, au niveau de la licence. Le troisième défi concerne le manque de ressources et de matériel pédagogique adéquat, et il est évoqué par 24 répondants, soit 53,3%. Cette lacune en matière de ressources peut entraver la qualité de la formation des étudiants. Le quatrième défi est lié à la connaissance insuffisante des domaines de spécialisation, et il est mentionné par 23 répondants, soit 51,1%. Cette insuffisance est due au fait que la majorité des étudiants inscrits au programme sont diplômés de facultés de langues ou de lettres, ce qui nécessite l’inclusion de cours d’introduction dans les domaines de spécialisation. Le cinquième défi concerne les compétences en traduction et est cité par 19 répondants, soit 42,2%. Il est crucial d’améliorer ces compétences pour former des traducteurs efficaces. Enfin, le dernier défi est lié à l’utilisation des outils de traduction assistée par ordinateur (TAO), et il est mentionné par 17 répondants, soit 37,8%. L’utilisation efficace de ces outils peut grandement faciliter le travail des traducteurs. En résumé, les étudiants en traduction font face à plusieurs défis, notamment les enjeux culturels, l’insuffisance linguistique, le manque de ressources pédagogiques, la connaissance limitée des domaines de spécialisation, le besoin d’améliorer les compétences en traduction, et l’utilisation des outils de TAO. Il est essentiel de prendre en compte ces défis pour améliorer la formation des futurs traducteurs.
Figure 4: Répartition relative aux compétences que les étudiants manquent
Cette question a pour objectif de déterminer quelles compétences font défaut aux étudiants au cours de leur formation. Selon les réponses que nous avons obtenues, les compétences culturelles sont celles qui sont le plus souvent absentes, avec une représentation pratiquement totale des répondants, soit 42 (93,3 %). Ensuite, nous constatons que 35 répondants, soit 77,8 % des étudiants, éprouvent des lacunes au niveau des compétences linguistiques. En ce qui concerne les compétences extralinguistiques, elles font défaut à 19 répondants, soit 42,2 % des étudiants. Enfin, seuls 18 répondants, soit 40 % des étudiants, rencontrent des difficultés au niveau des compétences professionnelles.
Cette partie vise crucialement les perspectives d’avenir pour surmonter les défis de formation des traducteurs à l’Université de Khartoum.
Figure 5: Répartition des stratégies les plus efficaces pour surmonter les défis de formation des traducteurs
Ce graphique montre que la stratégie consistant à former des traducteurs en fonction des besoins du marché de la traduction au Soudan est soutenue par l’avis de 8 enseignants, soit 100%. Ces enseignants estiment qu’il est préférable de former des traducteurs en fonction des besoins existants sur le marché de la traduction au Soudan. Ensuite, la stratégie visant à développer la compréhension de la culture des deux langues chez les traducteurs obtient le même niveau de soutien que la stratégie précédente. Elle est également approuvée par 8 enseignants, soit 100% des répondants. D’autre part, la stratégie visant à renforcer les compétences linguistiques dans les langues source et cible est soutenue par l’avis de 7 enseignants, soit 87,5% du nombre total. Enfin, la stratégie de faire participer les étudiants à des formations et à des réseaux professionnels est approuvée par 5 enseignants, soit 62,5%.
Figure 6: Répartition relative aux pistes pour surmonter les défis qu’affrontent les étudiants
Cette question vise à identifier les pistes permettant de surmonter les défis liés à la formation des traducteurs au sein du programme de l’Unité de Traduction et d’Arabisation. Le graphique illustre que les répondants ont proposé des solutions concrètes pour relever ces défis. Tout d’abord, 45 répondants, soit 100%, ont exprimé la nécessité de renforcer la compréhension culturelle des deux langues, à savoir l’arabe ainsi que la langue avec laquelle elle est combinée, que ce soit l’anglais ou le français. Ensuite, 42 répondants, soit 93,3%, sont en faveur de l’introduction d’outils de TAO (Traduction Assistée par Ordinateur) dans le programme. De plus, 39 répondants, soit 86,7%, estiment qu’il est essentiel de renforcer les compétences linguistiques. Par ailleurs, 35 répondants, soit 77,8%, soutiennent l’idée d’offrir des stages pratiques et professionnels aux étudiants. Enfin, seuls 22 répondants, soit 48,9%, considèrent qu’il est nécessaire de mettre à disposition des ressources matérielles et pédagogiques adéquates pour surmonter ces défis.
Cette étude a dressé un portrait exhaustif des défis auxquels les étudiants du programme de formation des traducteurs de l’université de Khartoum sont confrontés ainsi que les pistes de solution pour relever ces défis. Les données quantitatives obtenues auprès des enseignants et des étudiants de ce programme ont clairement démontré l’existence de plusieurs défis liés à la formation des traducteurs au Soudan, notamment :
En conséquence, cette étude propose les recommandations suivantes pour remédier à ces défis :
Il convient de noter que cette étude, axée sur les défis à la formation des traducteurs au Soudan, n’a pas pu aborder tous les aspects de la question en raison de contraintes de temps et de la situation critique dans le pays. Par conséquent, elle laisse encore de nombreuses pistes de réflexion pour les futurs chercheurs.
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